







Les étapes de la fabrication du papier. Photos prises dans la papeterie de la Chapelle d'Arblay (près de Rouen), qui traite, entre autres, les vieux papiers collectés dans les rues de Paris.
Photos © Jean-François
Ségard |
A partir du bois :
Le bois est débarrassé
de son écorce, lavé et broyé. Les impuretés
sont ensuite éliminées chimiquement ou par filtration.
Selon le degré de cette épuration, le papier sera
plus ou moins blanc et rugueux.
Selon les bois utilisés, le procédé d'obtention
de fibres (mécanique ou chimique) et le procédé
d'élimination des impuretés, on obtient des pâtes
de qualités différentes, que le papetier mélange
selon la sorte de papier désirée.
A partir de vieux papiers
:
Les vieux papiers proviennent essentiellement
de gros producteurs : chutes d'imprimeries, invendus, rebuts...
Depuis quelques années, la proportion de vieux papiers
provenant des collectes sélectives des ménages
augmente.
Les papiers sont mis en suspension dans
un bain d'eau, puis brassés dans un "pulpeur"
pour séparer les fibres.
La bouillie formée est débarrassée des principales
impuretés (plastique, verre, agrafes...) par filtration
sous pression dans une sorte de tamis.
Les particules d'encre étant plus lourdes que le milieu
liquide, le désencrage nécessite un savon pour
former des bulles d'air qui ramènent ces particules à
la surface. La mousse formée est aspirée et envoyée
au traitement d'eau.
Enfin, dans un "raffineur", les fibres récupérées
sont mélangées à de l'eau pour constituer
la pâte à papier.
Fabrication du papier à
partir de la pâte :
Chaque pâte, ayant ses qualités
particulières, les papetiers mélangent différentes
pâtes selon le papier désiré. Pour obtenir
opacité et blancheur, il faut ajouter talc, kaolin, sulfate
de calcium, carbonate de magnésie ou de calcium. Pour
être rendue plus ou moins imperméable à l'encre
et à l'eau, la pâte est encollée avec un
mélange d'eau et de résine (ou de colophane).
Elle arrive ensuite dans une grande cuve (elle contient alors
97 % d'eau). De là, elle est envoyée par une fente
sur une toile avançant en continu. La nappe formée
s'égoutte, et est ensuite pressée sur des cylindres
(il reste à ce stade 50 % d'eau !). Son parcours continue
sur une série de cylindres chauffants qui permettent l'évaporation
du reste de l'eau.
En sortie, la feuille de papier s'enroule sur une grosse bobine.
Ces bobines ont des largeurs variables (entre 7 et 9 mètres
selon les usines), pour des poids allant de 30 à 50 tonnes.
Les grosses bobines sont ensuite découpées
en fonction de leur utilisation, puis empaquetées pour
protéger le papier pendant le transport.
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Un peu d'histoire...

La papeterie : à gauche se trouve la grande cuve carrée ou les chiffons, réduits en pâte et blanchis, forment comme une bouillie liquide. Cette bouillie sort et jaillit sur les tamis où elle s'égoutte. Puis, elle se déssèche et s'applatit entre les rouleaux. A droite on voit les ouvriers qui recueillent les feuilles de papiers. Illustration tirée de l'ouvrage cité ci-contre. Source : www.gallica.fr |
Fabrication du papier à partir de vieux chiffons.
Pour illustrer cette technique historique, nous vous proposons quelques lignes extraites d'un ouvrage édité en 1877 : Le Tour de France par deux enfants de G. Bruno.
[Chapitre XXII - Les chiffons changés en papier - Les papeteries des Vosges et Chapitre XXIII - Un ouvrier inventeur]
(...) Un soir, il [André, 14 ans, l'un des deux garçons, héros du livre] arriva tout joyeux de l'atelier.
- Julien, dit-il à son frère [7 ans], si tu avais pu voir ce que j'ai vu aujourd'hui, cela t'aurait bien intéressé.
- Qu'as-tu donc vu ? fit l'enfant en s'approchant pour mieux écouter.
La mère Gertrude [il s'agit de la femme qui héberge temporairement les deux garçons lors de leur étape à Epinal] elle-même, qui était en train de couper le pain pour la soupe, s'interrompit et releva ses lunettes en signe d'attention.
- Imaginez-vous, dit André, qu j'ai accompagné le premier ouvrier du patron qui allait faire une réparation dans une usine. Cet ouvrier, qui est savant, connaît les machines et ne s'en étonnait guère ; mais moi, c'est la première fois que j'en voyais marcher, aussi cela me faisait l'effet d'un rêve.
- Pourquoi donc, André ? s'écria Julien.
- Racontez-nous ce que vous avez vu, reprit la mère Gertrude, ce sera comme si nous étions allés avec vous ; pendant ce temps je tremperai la soupe. - Eh bien, reprit André, nous sommes allés à une grande papeterie ; il parait qu'il y en a plusieurs aux environs d'Epinal. Tu sais Julien, que le papier est fait avec des chiffons réduits en pâte.
- Oui, dit Julien, avec des vieux chiffons, de la paille et d'autres choses.
- Eh bien, reprit André, j'ai vu aujourd'hui des chiffons devenir du papier, et cela se faisait tout seul : les ouvriers n'avaient qu'à regarder et à surveiller la machine. Au fond de la salle, les chiffons étaient dans de grandes cuves, où j'entendais remuer une sorte de maillet qui les broyait pour en faire de la bouillie.
- C'était donc comme dans la barate de la fermière ?
- Justement ; mais le marteau remuait tout seul. Je voyais ensuite la bouillie jaillir de la cuve et tomber sur des tamis percés de mille petits trous : ces tamis s'agitaient comme une main invisible les eût secoués. Alors, peu à peu, la bouillie s'égouttait. Ensuite elle s'engageait entre les rouleaux qui sont chauffés à l'intérieur tout exprès pour la dessécher, et elle passait de rouleau en rouleau. M'écoutes-tu, Julien ?
- Oui, André, et je crois voir tout ce que tu me dis. Cela faisait comme lorsque Mme Gertrude prépare un gâteau avec de la pâte ; elle se sert d'un rouleau pour étendre la pâte et l'amincir.
- C'est cela même ; seulement les rouleaux de la papeterie tournaient tout seuls sans qu'on pût deviner qui les mettait en mouvement. Puis, sais-tu ce qui sortait à la fin de toute cette rangée de rouleaux ? C'était une interminable bande de papier blanc, qui se déroulait sans cesse comme un large ruban. La machine elle même coupait cette bande comme avec des ciseaux, et les feuilles de papier tombaient alors toutes faites : les ouvriers n'avaient qu'à les ramasser. N'est-ce pas merveilleux, Julien ? à un bout de la grande salle, on voit des chiffons et une bouillie blanche ; à l'autre bout, des feuilles de papier sur lesquelles on pourrait tout de suite écrire ; et il ne faut qu'un tout petit nombre de minutes pour que la bouillie se change ainsi en papier.
- Oh ! J'aimerais bien à voir cela, moi aussi, dit Julien.
- On m'a dit, reprit André, que tout le long de la France nous rencontrerions bien d'autres machines aussi belles et aussi commodes, qui font toutes seules la besogne des ouvriers et travaillent à leur place, et je m'en suis revenu émerveillé de l'industrie des hommes.
(...)
- Tu ne sais pas, Julien, reprit André, qui a imaginé la belle machine à faire le papier ? On me l'a dit là-bas ; c'est un simple ouvrier, un ouvrier papetier nommé Louis Robert [il s'agit en fait de Louis-Nicolas Robert. Le brevet concernant l'invention de la "machine à fabriquer le papier, d'une largeur fixe et d'une longueur indéfinie" est déposé le 29 nivôse An VII (18 janvier 1799) - La machine que le jeune André découvre est déjà très perfectionnée par rapport à celle de 1799 !]. Il avait travaillé depuis son enfance ; mais au lieu de faire comme bien d'autres, sa besogne machinalement, il cherchait à tout comprendre, à s'instruire par tous les moyens, à perfectionner les instruments dont il se servait. C'est ainsi qu'il en vint à inventer cette grande machine que j'ai vue faire tant de travail en si peu de temps.
- Eh bien ! André, dit la mère Gertrude, qui apportait en ce moment la soupière fumante, l'histoire du papetier Robert ne vous donne-t-elle pas envie, à vous aussi, de devenir un ouvrier habile dans votre métier ?
- Oh ! Madame, je ferai bien tout ce que je pourrai pour cela, et le courage ne me manquera ni pour travailler ni pour m'instruire.
- Ni à moi non plus, s'écria Julien.
- Maintenant, mettons-nous à table, dit la mère Gertrude. (...)
Le texte intégral est disponible sur le site Gallica : www.gallica.fr |