Le site du retour du tramway dans Paris

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  Le tramway à Paris, journée d’étude à l’hôtel de ville de Paris

vendredi 17 novembre 2006, par Planète écho

Le 26 octobre 1993, le Conseiller de Paris, Jean-François Ségard, organise une journée d’étude sur l’opportunité de "réintroduire" le tramway dans les rues de la capitale. Elus, techniciens, représentants d’associations vont intervenir lors de 3 tables rondes afin de présenter, proposer des solutions tramways. Nous présentons ici, pour la première fois depuis 1993, de larges extraits des débats de cette journée.

Rappel du contexte historique

En 1993, c’est Jacques Chirac le maire de Paris. Le Conseil de Paris est très majoritairement à droite (141 élus sur 163), l’opposition de gauche est composée d’une vingtaine d’élus (initialement PS et PC, mais avec, depuis peu, le Mouvement des Citoyens). Bertrand Delanoë est le président du groupe PS depuis le raliement de Georges Sarre au Mouvement des Citoyens. Au milieu de cette Assemblée, un seul élu écologiste. Au moment des élections, en 1989, la ligne politique des Verts reposait sur le "ni-droite-ni-gauche". Le contexte n’est pas très favorable aux transports en commun. Le Conseil de Paris vient de financer des études pour la création du doublement du périphérique par un tunnel souterrain, la RSP (voir les extraits dans la 3e table ronde).

Présentation de la journée d’étude

Lors de l’introduction, Jean-François Ségard, conseiller de Paris (les Verts), place le débat : Le retour du tramway à Paris, c’est un véritable défi, et les débats d’aujourd’hui seront en quelque sorte les premières pierres de ce vaste chantier.

La matinée était consacrée au bilan de la politique des déplacements dans Paris avec Catherine Gilles, responsable de l’Observatoire régional des déplacements ; Jean Macheras, responsable de la FNAUT Ile-de-France ; Nitzia Faloci, présidente du Réseau Vert, et M. Patrick Trémège, conseiller délégué auprès du douzième adjoint au maire de Paris chargé des transports.

En début d’après-midi de nombreux exemples de "réintroduction" du tramway ont été présentés : Grenoble, Nantes et le T1 St-Denis - Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Avec : M. Filippi, maire-adjoint de Grenoble, chargé des déplacements, de la circulation et de la voirie, Michel Biget, ingénieur à la Sofretu, filiale de la RATP, chargé à ce titre en 78 par la Ville de Nantes d’une étude de transport, et la conclusion a été, pour la première fois en France, de proposer un tramway. Puis il a été directeur du réseau de tramway de Nantes à partir de 79, jusqu’en 1989. Ensuite il a été consultant pour différents pays étrangers. M. Biget est auteur d’un livre « les élus du tramway », dans lequel il émet des doutes concernant les élus et leurs capacités, et M. Vinbert, qui a mené les études depuis 1983 du tramway Saint-Denis - Bobigny, et maître d’ouvrage de cette liaison (ouverte en 1992).

La fin de la journée était un peu plus politique, avec les interventions de : Jacques Stambouli, responsable du projet tramway à l’association des usagers des transports (FNAUT Ile-de-France) ; Patrick Trémège, conseiller délégué auprès du deuxième adjoint au maire de Paris ; Georges Sarre, ancien ministre des transports (Mouvement des Citoyens) ; Jean-François Le Garret, premier adjoint au maire du Ier arrondissement (groupe Rassemblement pour Paris) ; Pierre Castagnou, conseiller de Paris (PS) ; Michel Turment, conseiller d’arrondissement (PC) ; Jean-François Ségard, conseiller de Paris (Les Verts) ; Jean-Michel Pommier, directeur du développement de la RATP.

Extraits :

Patrick Trémège : sur l’installation d’un tramway dans la capitale, la Mairie de Paris n’est pas hostile a priori. Il faut simplement que dans un certain nombre de sites, on nous démontre l’utilité de l’installer. Sur la ligne PC, pourquoi pas ?

Georges Sarre : j’ai un vieux principe républicain, c’est que l’administration propose, les techniciens présentent différents projets, mais les élus du peuple tranchent.

Jean-François Le Garret : On a aujourd’hui un fonctionnement des autobus en site propre, il paraît que ça ne fonctionne pas suffisamment bien, je l’ai constaté, aux heures de pointe, il y a des conflits. Si on met aujourd’hui un tramway à la place des autobus en site propre, je doute fort que ça fonctionne mieux, parce qu’aux heures de grands embouteillages, les automobiles qui viendront de l’autoroute du sud se mettront en croix au carrefour de la Porte d’Orléans et votre tramway, même en site propre, aura du mal à passer, sauf à le faire passer au-dessus ou en dessous de la voirie. Ça n’est possible qu’à condition que les boulevards des maréchaux soient totalement dégagés de la circulation automobile. [c’est pourtant sous la mandature de Jean Tibéri, dont Monsieur Le Garret était l’un des adjoints, que sera lancé le projet de tramway sur les Maréchaux - NDLR]

Pierre Castagnou : cette journée d’étude, organisée par mon collègue Jean-François Ségard, est une très bonne initiative pour nous, parce que c’est l’occasion d’avoir un débat sur ce mode de transport, débat qu’on n’a pas eu jusqu’à présent au sein du Conseil de Paris. (...) Pour nous, il est clair que le tramway est un élément d’une véritable politique de “métro de surface”, pour reprendre l’expression de mon ami Georges Sarre, politique de “métro de surface” qui est à créer à Paris. (...) Le groupe socialiste n’a pas une position arrêtée sur le choix du site. (...) Mais je ne suis pas a priori hostile à l’utilisation du tramway sur le tracé de la ligne de bus 91, de Montparnasse à la Gare de Lyon, à condition que les tramways aillent jusqu’à la gare TGV Pasteur, qui constitue un nœud de trafic important.

Michel Turoment : je ne suis pas un grand spécialiste des problèmes de transport. Il se trouve que, par hasard, j’ai rencontré le maire de La Courneuve, et lui ai demandé comment réagissent les habitants depuis l’installation du tramway. Il m’a dit que les gens disent que c’est propre, qu’il y en a tout le temps, que ça va deux fois plus vite que le bus, c’est rapide, silencieux, non polluant.

Jean Carlier : jusqu’à présent vous apparaissez tous plutôt favorable au tramway. Et il apparaît dans vos interventions que le tramway est une occasion de tout remettre sur la table, de rediscuter, de restructurer tout, et c’est sa vertu cardinale.

Jean-François Ségard : actuellement nous travaillons sur l’élaboration d’un projet qui servira d’alternative à la RSP [tunnel installé sous les Maréchaux ayant pour vocation l’allègement du périphérique - NDLR]. Mon prédécesseur Jean-Louis Vidal et moi-même avons eu l’occasion de définir ce projet de doublement du périphérique par un tunnel à péage d’une « machine à fabriquer des embouteillages ». Pourquoi les automobilistes utiliseraient un tunnel payant alors qu’il pourraient se déplacer en surface gratuitement, si ça fonctionne bien. Les automobilistes ne paieront que si c’est saturé en surface. La proposition que nous faisons, c’est la remise en place du tramway sur les maréchaux, en lieu et place du PC, et l’utilisation de la voie ferrée de petite ceinture pour y installer un mode de transport lourd, type RER.

Bibliographie :

Pour en savoir plus sur les ouvrages, cliquez dessus.

Post-Scriptum : Les débats ont été enregistrés par les services de la Mairie de Paris. Les cassettes ont ensuite été retranscrites par Thomas Lesay en décembre 1993. Depuis, les fichiers "dormaient" dans les tiroirs du bureau de Jean-François Ségard. Certaines phrases sont coupées, cela correspond aux changements de cassettes.